5ème Ordre - Chevalier de l\'Aigle Blanc et Noir, Inspecteur du Rite - 8ème Grade

Le mouvement des Pauvres de Lyon

Le mouvement des Pauvres de Lyon

ou

l'hérésie vaudoise.

 

 

 

 « Ils sont célèbres par la pureté de leurs mœurs et les horribles persécutions dont ils furent victimes. » - Pierre Larousse (1818-1875)

 

Cette étude a pour but de tenter de trouver, dès l’origine,  des points communs entre ce grand mouvement religieux réformateur  du XIIème siècle qu’était « le Valdésisme » et le courant de pensée de la Maçonnerie née six siècles plus tard.

 

 

Ce travail se décompose en  trois parties :

 

- Présentation du contexte religieux et historique d'avant la fin du XIIème siècle, période pré vaudoise.

 

- La vie de Pierre Valdo ou  Valdès, fondateur des Pauvres de Lyon, mouvement plus connu sous le nom de Vaudois ainsi que  l'histoire de cette « secte » catholique devenu hérétique avant de rejoindre sur le tard les églises protestantes.

 

- Existe-t-il des liens entre l’éthique maçonnique  du XVIIIème  siècle  et celle des  Vaudois du XIIème  siècle ?

 

 

 

Voir le Lexique en fin de texte pour les  mots gras.

Voir  l’Index en fin de texte pour les noms communs écrits en  italiques.

 

 

Contexte religieux et historique d'avant la fin du XIIème siècle, période pré vaudoise.

 

L'histoire  des Vaudois ou plus précisément des Valdésiens commence, dans notre occident chrétien, durant la deuxième  moitié du XIIème siècle. Mais avant de rentrer dans le vif de notre sujet, il est nécessaire de dépeindre  le contexte historique et religieux de ce haut Moyen Age, c'est-à-dire du XIème  siècle et de la première moitié  du XIIème siècle.

Malgré les épidémies de peste que  l’on nommait alors "le mal des ardents[1], le feu sacré ou le feu de Saint Antoine", malgré les famines et les guerres, les peurs de l'an mil commencent à se dissiper parmi la population.

Pourquoi ? Parce que maintenant le peuple  connaît la cause de toutes ces calamités : c’est le péché. Il  en possède aussi les remèdes : le jeûne et le recours aux Saints et à leurs Reliques.

         C’est ce qui a pu faire dire au célèbre  historien des sociétés médiévales qu’est Georges Duby[2] :

 

"Le lendemain de l'An mil est un nouveau printemps du monde "

 

Avant tout, ce XIème siècle se caractérise  par  une carence endémique du pouvoir royal. L'Eglise tente bien d'apporter quelques solutions  aux divers problèmes de la société surtout dans le domaine de la paix civile. C’est l'époque durant laquelle elle impose la Paix de Dieu relayée par la Paix du Prince. Malgré ces timides tentatives de renouveau, la chrétienté du XIème siècle suite à l'effondrement de la dynastie carolingienne et l'effacement de la papauté, se trouve  entre les mains des laïcs qui contrôlent entièrement l'Eglise. C’est l’époque du trafic des charges ecclésiastiques : la simonie. Le mariage et le concubinage des prêtres, le nicolaïsme  se sont généralisés dans toute la chrétienté. C'est à cette même époque que l'Eglise de Rome connaît le grand schisme de 1054 qui la séparera définitivement de l'Eglise Byzantine.

Face à cette église féodale corrompue,  dont les pouvoirs tant spirituel que temporel, sont aux mains des grands laïcs ; des mouvements de réaction populaire spontanés naissent un peu partout à travers l'Europe  occidentale.

Durant le XIème siècle et dans la première moitié du XIIème, on assiste à un réveil spirituel général qui touche toutes les classes de la société.

Il se situe à deux niveaux : au sein même de l'Eglise et parmi le peuple. On constate alors un accroissement important du mouvement canonial.

 

A la fin du XIème siècle, les collégiales pullulent, les nombreuses communautés monastiques appliquent  la très sévère règle dite de Saint Augustin (pauvreté, chasteté, prédication, travail manuel).

Les campagnes sont parcourues par des prédicateurs spontanés qui dénoncent les abus de l'Eglise et son idolâtrie  à des foules assoiffées d' "Evangile". La réaction populaire débouche très rapidement sur diverses contestations religieuses, sur l'anticléricalisme pour aboutir enfin à des hérésies réactionnaires. Il est à noter que le terme hérésie fait une nouvelle apparition dans la dialectique romaine vers l’an mil. Après  un répit de plus de sept siècles, un premier bûcher pour cause d’hérésie manichéenne est allumé en 1022 à Orléans où douze chanoines sont brûlés vifs.

C'est l'époque durant laquelle un certain Pierre Abélard  scolastique français se voit écarté de l'école épiscopale de Paris pour ses doctrines quasiment rationalistes. Son disciple, le prêtre non conformiste Arnaud de Brescia s'attaque lui au principe de la propriété ecclésiastique ainsi qu’au pouvoir temporel du Pape.

Le prêtre provençal Pierre de Bruis ou de Bruys, qui serait, selon certains,  le premier vrai hérétique,  milite pour une interprétation directe des Evangiles. Il rejette l'ensemble des sacrements catholiques excepté le baptême des adultes et la totalité  de la hiérarchie religieuse. Après sa mort sur le bûcher aux alentours de 1126/1132 ses partisans se regroupent autour de  l'ermite Henri  de Lausanne  qui en 1132 prône  "qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes" et rompt définitivement avec l'Eglise Catholique.

Un autre mouvement beaucoup plus dangereux, celui là,  pour l'Eglise de Rome, apparaît après l'an mil : celui des Cathares[3] ou plus exactement  celui des Bons Chrétiens. Ce n'est pas une nouvelle hérésie qui naît mais une nouvelle religion. Jean Séguy[4] un des spécialistes du catharisme ne le fait pas remonter au manichéisme  du IIIème siècle mais il le rattache au bogomilisme bulgare et balkanique issu lui-même du paulicianisme dont le berceau semble avoir été en Arménie. Toujours selon Jean Séguy, au XIème siècle, l’implantation du catharisme dans le sud de la France semble avoir été le fait de croisés français en contact avec des sectes bogomiles à Constantinople (Byzance-Istamboul).

Des historiens tels que Anne Brenon[5] ou Jean Duvernoy[6] rejettent cette filiation directe et parlent de tentatives de rapprochement.

Dès cette époque  la nouvelle religion  va se propager très  rapidement en Europe occidentale.

 

 

Aussitôt, l’Eglise Catholique assimile le catharisme à l'hérésie manichéenne comme elle le fera avec la plupart des autres hérésies des  XIème ,  XIIème , XIIIème siècles : Patarine, Publicaine, Albigeoise, Arienne et autres…).

         Devant l'urgence de la situation, il est vital pour la survie de l'Eglise de Rome que la papauté entreprenne rapidement des réformes.

On parlera plus tard de la réforme dite "Grégorienne" qui n'est en fait qu'une suite de modifications apportées par plusieurs papes successifs[7] à partir de 1050 jusqu'aux environs de 1150. Ces séries de réformes ont pour but de dégager l'Eglise du laïcat dans lequel elle est tombée et du même coup asseoir définitivement l'autorité papale dans tout l'occident  chrétien.

C'est le pape alsacien Léon IX (1049-1054) qui entreprend le premier la mise au pas du clergé. Il réunit plusieurs conciles. Il fait condamner la simonie, le nicolaïsme et dépose plusieurs prélats malgré l'opposition du roi de France Henri Ier.  Il prend pour conseiller le moine clunisien Hildebrand, futur pape, et condamne  l’hérésie de Bérenger de Tours.

En 1059, le pape Nicolas II (1059-1061) impose le principe de l'élection pontificale par les seuls cardinaux  et l'interdiction de toute investiture des laïcs.

En 1073,  Hildebrand devient pape sous le nom de Grégoire VII (1073 – 1085). Dès 1074-1075, il interdit formellement  toute investiture donnée par  des laïcs et tente d'instaurer la théocratie pontificale. Ces nouvelles réformes sont très mal accueillies parmi le haut clergé et les princes. En 1076,  l'Empereur Henri IV qui vient de chasser les légats du Pape de ses terres est excommunié.

Ce dernier sauve pourtant son trône en venant à Canossa[8] en 1077. Malgré de nombreuses résistances, les réformes papales réussissent : la théocratie pontificale se met lentement mais sûrement en place. Les uns après les autres les  princes acceptent l'investiture temporelle qui leur est donnée par le Saint Siège : Henri Ier d'Angleterre l'accepte en 1105, Louis VII de France en 1137.

L’occident, après avoir connu « un printemps spirituel » et une période relativement importante de tolérance religieuse, va être recouvert d’une chape de plomb jetée par l’Eglise de Rome, laquelle, il faut bien le dire, lutte pour sa survie.

Avec une papauté solidement installée sur le trône de Saint Pierre, la chrétienté occidentale va pouvoir exporter sa foi par le biais des croisades, ce vaste mouvement populaire de foi agressive, fanatique et barbare.

 

L'intolérance religieuse institutionnalisée et l'absolutisme papal sont nés.

 

Comme nous venons de le voir dans la première partie de cette étude,  le XIème  siècle se caractérise  par un mouvement de réveil spirituel contestataire que l’Eglise de Rome tente de juguler dès la  première moitié du XIIème  siècle.

 C’est dans un tel contexte religieux que né un certain  Valdesius.

 

La vie de Pierre Valdo ou  Valdès, fondateur des Pauvres de Lyon,

 

Aux environs de 1140,  Valdesius  ou  Valdus d'après des documents latins de l'époque, nom propre qui sera traduit en langage  populaire par  Valdès ou Vaudès, né au sein d'une riche famille de commerçants lyonnais. L'histoire nous transmettra son nom  sous la forme de Pierre Valdo.  Le prénom Pierre[9] lui sera attribué bien plus tard, par opposition à celui de l'apôtre Pierre fondateur de l'Eglise de Rome. On connaît peu de choses sur les trente premières années de sa vie et sur ses dernières années avant sa mort. Riche négociant, il semble qu'il ait été mêlé à la conduite politique et administrative de l'évêché de Lyon.

Il semblerait que Pierre Valdo ait été marié  et père de  deux filles.

Aux environs de 1170, il est en proie à une crise mystique.

Les événements qui ont poussé Valdo à changer radicalement le cours de sa vie sont encore mal connus des historiens. Plusieurs explications en sont données :

         - Un premier chroniqueur raconte qu'à la sortie de la messe, Valdo entendit un ménestrel chanter la vie de Saint Alexis. Il fut conquis par ce récit. Saint Alexis, très populaire au moyen âge, était le fils d'une noble et  riche famille que la vie avait trop gâté. Le soir de ses noces il part en Terre Sainte pour expier ses nombreuses fautes. Quelques années plus tard il rentre au pays. Personne ne le reconnaît. Il meurt misérablement  dans la soupente d'un escalier de sa propre demeure.

- Un autre chroniqueur raconte que Valdo, en pleine crise de conscience,  s’était rendu à la cathédrale de Lyon pour y discuter avec un de ses amis théologien. Ce dernier à bout d'argument pour apaiser l'âme inquiète de son riche ami lui aurait lu le récit du jeune homme riche que Jésus invite à vendre tous ses biens pour le suivre. " Jésus dit : Si tu veux être parfait – va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel – Puis viens et suis-moi"  - Matthieu 19 : 21.

-Un troisième chroniqueur, non contemporain de Valdo,  raconte que la crise spirituelle du marchand lyonnais aurait été provoquée par la mort d'un de ses nombreux amis lors d'un banquet. Il aurait dit : " Qu'adviendrait-il de mon âme si je devais mourir dans ces conditions ?"

 

 

 

Valdo ne connaît pas le latin. Sa fortune personnelle lui permet de faire traduire par des clercs, de ses amis, des passages des Evangiles, certains livres de la Bible et des textes de Saint Augustin, Saint Jérôme, Saint Ambroise et Saint Grégoire en langue vulgaire parlée (dialecte lyonnais).

Il commence par pratiquer la lecture des Ecritures en langue vulgaire et leurs commentaires en public à des femmes et à des enfants. Ces  méthodes révolutionnaires  apportent aux croyants du Moyen Age des nouvelles pratiques religieuses inconcevables jusqu'alors.

Il faut se rappeler que seuls les religieux pouvaient lire et commenter les Evangiles écrits en Latin dans l'enceinte  des églises et non dans la rue. Les femmes et les enfants étaient tenus naturellement  en dehors de cette instruction religieuse.

 

C’est à cette même époque qu’il renonce à  toutes ses activités commerciales et politiques. Il distribue la moitié de ses  biens aux indigents afin de vivre dans la pauvreté et la perfection évangélique comme le firent  les apôtres avant lui. L'autre moitié de sa fortune aurait été  cédée à son épouse et à ses deux filles. Il  prêche  dans les rues de Lyon en patois lyonnais. Il vit d'aumônes et s'adresse à tous les laissés pour compte de la société, aux enfants et même aux femmes de mauvaise vie. Il crée alors, le mouvement des "Pauvres de Lyon"[10].

Durant cette deuxième moitié du XIIème siècle, comme nous l’avons déjà indiqué, la pauvreté est devenue, parmi le peuple, un  élément essentiel pour la pratique des exercices spirituels.

1173 marques l’année de la conversion définitive du laïc Valdo.

C’est à cette époque que naissent deux futures grandes figures du christianisme occidental  et futurs saints : François d’Assise  et Dominique de Guzman. 

Entre 1173 et 1176, Valdo va mettre totalement en pratique sa vie apostolique. Rapidement une petite communauté se forme autour de lui. Ses disciples aiment à se désigner  sous le  nom de "Pauvres en Esprit" ou " Pauvres du Christ" expression tirée du sermon sur la montagne "Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux" - Matthieu 5 : 3.

En 1176, on assiste  à l'expansion du mouvement des Pauvres de Lyon que l'on commence à appeler "Vaudois" ou par dérision  "les Sandalisés". « Ces Pauvres s'en vont deux par deux, vêtus de bure, chaussés de sandales, vivant d'aumônes prêcher aux quatre coins de la ville de Lyon » dit la chronique.

Ces chrétiens Romains d’un nouveau type,  refusent d'avoir un chef, de constituer un ordre religieux et désirent rester des laïcs pour porter la parole des écritures au peuple. Ils ne contestent ni l'Eglise romaine, ni sa hiérarchie et ne prétendent pas enseigner de nouvelles doctrines.

 Ils  désirent seulement vivre leur foi dans la pureté primitive comme l'ont fait les apôtres et exhorter le peuple de Lyon à la repentance et à la pratique des bonnes œuvres.

Pour Valdo et ses amis la vraie religion  se résume en quelques idées simples :

 

-Tout homme qui observe les commandements du Christ est prêtre et apôtre.

-Tout laïc qui pratique volontairement la pauvreté possède un pouvoir réel et légitime pour prêcher l'Evangile.

 

Dans un premier temps, l'initiative des Pauvres de Lyon est accueillie favorablement par l'Archevêque de Lyon, le cistercien Guichard. Mais bien vite les disciples de Valdo se  heurtent à l'épiscopat de l'ancienne capitale des Gaules en  dénonçant publiquement l'ensemble du clergé possesseur de fiefs et de bénéfices.

"Votre force doit résider dans le renoncement et la pauvreté. Ô vous donc qui êtes riches, vous n'êtes point les successeurs et les héritiers des Douze … Vous êtes rejetés et réprouvés, c'est nous, étant purs et de bonne volonté, qui sommes l'Eglise" dit Valdo en s'adressant à l'ensemble du clergé Lyonnais.

Afin de mettre fin à de tels débordements l'Archevêque de Lyon interdit aux Pauvres de Lyon la mendicité et la prédication réservée aux seuls évêques.

"Chaque homme a le droit de prêcher dans la mesure où il vit comme vivaient les apôtres de Jésus" affirment Valdo et ses "associés".

 

Suite aux mesures prises à leur encontre,  le mouvement fait appel  à l'arbitrage des pères conciliaires et du pape Alexandre III  qui vient de convoquer en 1179 au Latran le IIIème concile.  Durant l'année 1179, les Pauvres de Lyon se rendent à Rome "pieds nus, vêtus de laine, sans bagages comme les apôtres, tout en commun, suivant nus le Christ nu". Ils sont reçus à Rome  avec sympathie. Les pères de l'Eglise ne les condamnent pas. Ils sont renvoyés auprès de l'autorité ecclésiastique de Lyon. De retour dans la région lyonnaise, tout en proclamant leur attachement à l'Eglise de Rome, les Vaudois continuent de prêcher la repentance et la pauvreté.

En 1181, le nouvel archevêque de Lyon  Jean de Belles Mains confirme la décision de son prédécesseur : les Pauvres de Lyon sont interdits de prêche dans l'ensemble du diocèse. Valdo et ses "associés" refusent de se plier à la décision de l'archevêque.

Pour se justifier ils citent la parole de Pierre au Sanhédrin :

"Jugez s'il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu'à Dieu" (Actes 4 : 19).

La réaction de Jean de Belles Mains ne se fait pas attendre. Les vaudois sont expulsés de la ville de Lyon. Ils partent poursuivre leur mission en direction du Languedoc.

Comme de nombreuses  hérésies de ce XIIème siècle, le mouvement Vaudois ne remet pas en cause, à cette époque,  la doctrine de l’Eglise mais critique sa pratique de la vie religieuse et son organisation matérielle.

 

Les Pauvres de Lyon à la différence des Cathares demeurent profondément orthodoxes dans leur foi trinitaire et christologique sans aucune tendance au dualisme.

 

En arrivant dans le sud de la France, ils se trouvent au contact avec d'autres dissidences : les Henriciens, les Pétrobrusiens  et surtout les Cathares. Ils se heurtent rapidement à ces derniers. Les Vaudois organisent des débats contre les "Bons Hommes".

Anne Brenon dans son livre «Les Cathares - Vie et mort d’une Eglise » dit : « …entre cathares et vaudois… dès l’origine, le climat fut tendu et le débat acerbe. Il fallut sans doute attendre le début du XIVème siècle, pour qu’ une certaine solidarité entre persécutés se fit jour et que l’on pût imaginer quelques uns des derniers Bons Hommes proscrits et traqués se réfugier auprès des communautés vaudoise, dans les Alpes italiennes ou en Gascogne. »

 

Un des premiers disciples de Valdo,  Durand d'Osca ou de Huesca publie  un traité polémique anti-cathare "Le livre contre l'hérésie".

En fréquentant  les diverses dissidences, les "Pauvres de Valdo"  évoluent, s'organisent et se structurent.

 

Tout en restant fidèle à son programme initial le mouvement se radicalise et devient un pôle de protestation face à l'Eglise officielle.

 

Les Vaudois élaborent des données théologiques qui leur viennent de l'Eglise catholique elle-même, des Arnalistes, des Pétrobrusiens. Une nouvelle fois Valdo en appelle  à l'arbitrage du pape Luce III afin d'obtenir l'autorisation de prêcher. Le souverain pontife renvoie les Vaudois à leur ordinaire.

Lors du concile de Vérone en 1184, se sont les évêques français qui demandent que l'on inscrive les Vaudois sur la liste des mouvements hérétiques. La décrétale[11]  qui suit cette décision stipule que les "associés" de Valdo seront livrés au bras séculier s'ils persistent dans leur erreur. C'est aussi lors de ce concile de 1184 que  l'Eglise catholique jette les bases d'une juridiction spéciale destinée à la poursuite les hérésies.

 

Cette juridiction "d'exception" prendra bientôt le nom d’Inquisition.

 

Dans un premier temps elle est confiée aux évêques locaux. En 1190, les vaudois condamnés pour hérésie par l'évêque de Narbonne  sont chassés de la Provence. Le mouvement Valdésien s'installe en Lombardie et en Catalogne. La noblesse locale voyant là, l'occasion  de mettre un frein à l'expansionnisme foncier de l'Eglise, soutient ouvertement les Pauvres de Lyon. Le mouvement véhiculé par les marchands et les pèlerins se répand à travers la France, l'Italie, la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne pour atteindre la Pologne, la Bohême, la Moravie et la Hongrie.

Entre 1190 et 1215, le mouvement de Valdo jouit d'une relative tranquillité. La répression de l’inquisition épiscopale  est, pourrait-on dire, « artisanal ».

Entre temps, les "pauvres" se sont installés en Lombardie, terre de contestation permanente depuis plusieurs décennies.

Le mouvement conduit par Jean de Ronco y prend le nom de "Pauvres lombards". Le mouvement se trouve en compétition avec la secte des Humiliates condamnée elle aussi en 1184 par Lucius III.

A l'opposé des "Pauvres de Lyon", les "Pauvres lombards" s'appuient, pour exprimer leur foi,  sur une solide organisation sociale très structurée, empreinte  d'une grande solidarité.

Ils s'attachent au  fait que leurs membres doivent obligatoirement exercer une activité professionnelle.

Le vieux Valdo considère alors que Jean de Ronco a trahi l'idéal des premières heures du  Mouvement de Lyon. Il rompt avec les Lombards. Pierre Valdo meurt entre 1205 et 1206.

En ce début de XIIIème siècle, l’Eglise devant la poussée des mouvements populaires spontanés qui dénoncent de plus en plus fort les abus des clercs, prend des mesures radicales.

 

Dans un premier temps, elle procède à  une politique de la « main tendue » et à une tentative de  récupération des mouvements dissidents. Sous l’impulsion d’Innocent III, un des plus grands papes politiques de l’histoire, les mouvements vaudois de Durand d’ Osca (l’intellectuel du mouvement des Pauvres de Lyon) et de Bernard Prim  rejoignent l'Eglise de  Rome. Durand d'Osca fonde le mouvement des "Pauvres Catholiques". Les Humiliates  sont récupérés presque en totalité par l’Eglise catholique romaine ainsi que le mouvement  du futur Saint François d’Assise.

         Dans un deuxième temps, Innocent III désirant contrôler totalement ces mouvements populaire, décide de les introduire directement dans l’Eglise par le biais de deux ordres mendiants placés directement sous le contrôle de Rome : l’Ordre mendiant des Frères Mineurs dits Franciscains et l’Ordre des Frères Prêcheurs dit Dominicains.

Plus la menace cathare s'amplifie, plus l'horizon des Vaudois s'assombrit !

La récupération par l'église catholique des dissidents est jugée trop lente par l'ensemble des évêques.

Dans un troisième temps, Innocent III  va appliquer la politique du bâton. Les années 1208/1209 voient l'officialisation par le pape Innocent III  d'une croisade d'extermination contre les Albigeois. Les Pauvres de Lyon vont rapidement connaître le sort peu enviable de leurs ennemis d'hier : les Cathares. Ils partageront avec eux la fraternité des bûchers.

A partir de 1215, la pression de l'Eglise Romaine devient de plus en plus forte face aux diverses hérésies du monde occidental.

Cette même année l'assemblée du IVème concile de Latran convoquée par Innocent III légalise la violence à l'encontre des hérétiques et approuve la centralisation par le pape  du pouvoir politique et répressif.

 

Dominique de Guzman futur Saint Dominique est chargé de l’Inquisition papale et d’organiser les instituions judiciaires pour lutter contres les hérétiques. La traque à l'hérétique qui dépendait par le passé de l'inquisition épiscopale devient pontificale. C'est avec une terrible efficacité que l'ordre des Dominicains, dépendant directement de Rome, accomplit cette triste tâche. Par  souci de résultats rapides, le pape Innocent IV promulgue même une bulle le 15 mai 1252 autorisant le recours à la torture lors des procès inquisitoriaux.

Après la disparition du catharisme, le Valdéisme reste la seule grande hérésie.

A la suite du IVème concile de Latran le mouvement de Valdo se trouve divisé en son sein,  une partie non négligeable de ses membres a réintégré le giron de l'Eglise Romaine.

Face aux persécutions d'une inquisition de plus en plus performante les Vaudois vont-ils disparaître ?

Devant le danger, dépassant leurs querelles intestines, les Vaudois retrouvent leur unité. En réponse au concile  de Latran, six Pauvres de Lyon et six Pauvres Lombard se rencontrent dans une ferme  à Bergame en 1218. L'alliance de l'esprit missionnaire des "Lyonnais" et le pragmatisme des "Lombards" va donner naissance à l'Eglise Vaudoise véritable peuple - église.

A Bergame,  les douze "Pauvres" s'accordent pour que les bases du Mouvement Vaudois soient fondées sur :

 

1) la fraternité  issue de la tradition du christianisme des premières heures,

2) la Charité  vertu chrétienne par essence,

3) la non violence.

 

Ils vont subir sept siècles de persécutions.

 

 

 

A la fin du XIVème siècle le mouvement vaudois est sur le point de disparaître mais il retrouve de la vigueur en se liant au mouvement Hussite  de Bohême.

 

En 1526, les Vaudois suivent avec attention la lutte que mène un certain Martin Luther pour conduire l'Eglise catholique sur le chemin de la Réforme. Cette même année, ils délèguent à deux Barbes  la mission de s'informer sur l'évolution des différents mouvements réformistes en Europe. Dans le valais, les Barbes rencontrent le Français réformateur Guillaume Farel  puis poursuivent leur mission en Allemagne, à Bâle, à Berne et à Strasbourg.

 

Septembre 1532  se tient à Chanforan, sur les hauteurs d'Angrogne, un synode "extraordinaire" qui regroupe l'ensemble des Barbes et la population vaudoise. La question de fond est alors posée à toute l'assemblée : La communauté vaudoise doit-elle rejoindre la réforme ?

Trois tendances se dessinent. Sous la pression de Guillaume Farel le vote donne une majorité  en faveur d'une refonte du mouvement vaudois sur le modèle suisse d'inspiration calviniste tout en gardant certains particularismes.

Il est à noter que les Eglises protestantes n'existent pas encore en 1532.

 

Les "associés" de Valdo ont été excommuniés dès 1184 et seront persécutés jusqu'en 1848. C'est donc en toute logique que l'Eglise Vaudoise se rattache après 1532 au grand mouvement européen réformateur du XVIème siècle.

 

Il faut souligner que dès le XVIème siècle, les Vaudois sans cesse soumis à l'intolérance des autorités ecclésiastiques et politiques se sont attachés  à la pensée du moine cordelier (franciscain) Guillaume d'Occam .

Cet anglais excommunié en 1330, en lutte avec les ordres des franciscains et des dominicains développe un concept moderne en matière religieuse : celui  de la liberté de pensée lequel sera repris plus tard par Martin Luther.

A l'heure actuelle, l'Eglise Vaudoise toujours très présente dans les hautes vallées piémontaises est  encore seulement tolérée sur le sol Italien.

L'ex-présidente de la Chambre des Députés italiens, Irène Pivetti  s'exprimait en juin 1994 de la manière suivante : "Seul le catholicisme est une religion révélée … la souveraineté populaire n'est qu'un signe de la toute puissance de Dieu … il faut, si nécessaire, refaire les règles pour adapter la société à la volonté de Dieu.".

Aujourd'hui, l'Eglise Vaudoise compte 50 000 membres répartis entre l'Italie, l'Argentine et l'Uruguay.

 

En ce début de millénaire, courageusement, cette église mène un dur combat dans le sud de l'Italie, contre les diverses "Mafia".

 

 

Existe-t-il des liens entre l’éthique maçonnique  du XVIIIème  siècle  et celle des  Vaudois du XIIème  siècle ?

 

Nous allons maintenant tenter de trouver quelques liens qui pourraient exister entre le mouvement Vaudois et  la Maçonnerie. Il est évident que nous nous attacherons plus à  l’éthique commune que peuvent avoir les Vaudois et la Maçonnerie qu'à une communauté d'histoire distante de cinq siècles. Précisons que le mot éthique  est défini officiellement comme une morale plus ou moins imposée par un individu ou un groupe d'individus. On s'attachera plus, ici, à un deuxième sens qui lie cette morale à la notion de choix et de libre arbitre.

 

-Une première observation peut être faite en ce qui concerne les origines de Pierre Valdo (1140 ?-1205/1206) fondateur des Pauvres de Lyon et celle de Jean Baptiste Willermoz (1730- 1824) père du Rite Ecossais Rectifié. Tous deux étaient de riches négociants, épris de charité qui créèrent leur mouvement réformateur à Lyon.

 

Est-ce un hasard si la ville de Lyon est à l'origine de ces mouvements ? Certainement pas.

De tous temps,  l'ex-capitale des Gaules a été un centre commercial important reliant l'Europe du nord (Flandres / Champagne) aux régions méditerranéennes ainsi qu'un lieu d'échange des idées et des  cultures.

 

-Un autre point  commun que l'on peut retenir entre les Vaudois et la Franc-maçonnerie est l'acharnement avec lequel  l'Eglise de Rome les a poursuivis de ses excommunications et de ses persécutions.

Si l'on admet que la Maçonnerie spéculative est née en Angleterre le 24 juin 1717 et en France en 1725, on remarquera que l'Eglise de Rome n'a pas perdu de temps pour la condamner, d'ailleurs en même temps que les Jansénistes.

Dès 1738, le pape Clément XII (1730-1740) le "Pape - Roi de Rome"[12] que l’on nommait  le contempteur* (*personne qui méprise) des Francs-maçons, fulmine la bulle "in Eminenti" qui condamne la Franc-maçonnerie pour le secret de ses cérémonies, pour "d'autres causes justes et raisonnables de Nous connues" (motifs politiques) et surtout pour la "tolérance"  telle qu'elle est comprise par les francs-maçons.

 

A partir de 1738 la F.M sera régulièrement condamnée par la papauté.

En 1884 Léon XIII la condamne pour son naturalisme.

La dernière condamnation date de 1983 et provient de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ancienne appellation = Saint Office de l’Inquisition).

 

-Le mouvement vaudois, unifié après la rencontre de Bergame de 1218, a, comme nous l'avons déjà indiqué,  une éthique basée sur :

la fraternité, la charité, la non-violence et la tolérance.

 

La fraternité vaudoise va bien au-delà de "…cette amitié mutuelle entre des personnes qui n'ont aucun lien de parenté " définit par le Larousse.

Elle n'est pas seulement cette fraternité religieuse qui  lie  les membres de certains tiers ordres. Comme les frères maçons, les vaudois, sans avoir besoin de prêter serment, se doivent  amitié, solidarité et secours mutuels. Nous autres maçons, rappelons-nous ce passage si émouvant lors de l'initiation d'un profane lorsque le Vénérable Maître dit au candidat :

"…nous allons tous dès à présent vous donner dans nos cœurs le titre si touchant de frère."

Les vaudois considèrent la  charité[13] comme une vertu théologale par laquelle on aime Dieu pour lui-même et son prochain comme une créature de Dieu. Au cours des siècles cette vertu a pris chez eux le sens de bienfaisance[14] qui est définie comme une action de faire du bien ou un penchant à rendre service. Ils concrétisent cette bienfaisance par la création d'écoles pour indigents, d'hôpitaux et de multiples œuvres sociales. Lors de la bataille de Solferino (24 juin 1859) ils sont présents, au côté d’Henri Dunant[15] pour porter secours aux blessés des deux camps.

Nous constatons que la charité prise dans son sens de bienfaisance est devenue une des principales vertus maçonniques. Elle est la troisième vertu théologale après la foi et l'espérance. Elle fait même l'objet d'un développement spécifiquement chrétien dans les rituels du  18ème grade au REAA. Cette bienfaisance maçonnique active se concrétise lors de chaque tenue par le passage auprès des frères du tronc des aumônes destiné aux indigents.

Lors de sa réception le nouvel Apprenti s'entend dire par le Vénérable Maître : "Frère Apprenti, vous venez de vous engager à exercer la bienfaisance envers tous les hommes, et principalement envers les indigents.

Allez donc vous présenter au frère éléémosynaire pour exercer, comme maçon, le premier acte de cette vertu, en mettant dans le tronc des aumônes ce que vous jugerez à propos."

Quelque soit le rite, dans chaque atelier, un frère occupe obligatoirement le poste d'Hospitalier ou d'Eléémosynaire. 

Au rite rectifié, lors de l'investiture des officiers de la Loge, il est dit au frère éléémosynaire "… le cœur enflammé qui constitue le bijou suspendu à votre cordon d'office manifeste la charité et la bienfaisance active dont nous avons juré de donner l'exemple."

Dans le code  maçonnique des loges réunies et rectifiées de France il est dit que le frère éléémosynaire doit  aussi  "…s'informer  de la santé des frères malades, de leur procurer les secours dont ils auraient besoins et  leurs rendre en général tous les services que l'amitié, la fraternité et l'humanité pourront lui dicter".

Au nom de la liberté de pensée les Vaudois seront conduit à réclamer sans cesse pour eux et les autres Eglises la liberté des cultes, de conscience et une plus grande tolérance.

L'avènement de la tolérance amorcée durant le XVIème siècle avec la révolution intellectuelle de la  Renaissance  trouvera son plein épanouissement au XVIIIème siècle par le biais du protestantisme  qui lui même donnera naissance en Angleterre à la Franc-maçonnerie spéculative.

Cette tolérance poussée à l'extrême dans la maçonnerie est définie par notre F. Paul Naudon comme suite : "La tolérance veut que la foi soit pour chacun affaire de conscience individuelle".

Dès sa création,  la Franc-maçonnerie affirme "…une volonté de retrouver, au-delà des oppositions philosophiques et théologiques une sorte de consensus à partir duquel s'établira un nouveau savoir dont la particularité essentielle est d'être unifiant, d'englober dans un même regard toutes les catégories de la connaissance et celle d'unir les hommes sans que leurs différentes confessions soient un obstacle"  extrait du livre La Franc-maçonnerie de  Nelly Emont.

 

Si le mouvement vaudois n'a pas eu une influence, comme  la Royal Society[16], dans la création de la Franc-maçonnerie, du moins il a transmis par le biais de la réforme un humanisme qu'il perpétue encore de nos jours et qui nous anime nous, Franc -Maçons.

 

 

 

Yves Domange

 

 

 

 

Lexique des noms.

Albigeois ou  Cathares  - Hérétiques du XIIème  siècle. Ce nom viendrait du fait que l’on croyait, à l’époque, que leur siège principal  se situait dans la ville d’Albi. En réalité,  ils étaient plus nombreux à Toulouse et Narbonne.

 

Ariens - Issus de la doctrine dualiste d’Arius

Arnalistes - Disciples d'Arnaud de Brescia

 

Cathares ou Bons hommes - voir Albigeois

Barbe - Sage, Oncle, personne âgée, expérimentée  par opposition à Père "n'appelez personne sur la terre votre père, car seul Dieu est votre Père" Matt 23-9

 

Bogomiles ou Amis de Dieu - Mouvement issu en partie du Paulicianisme inspiré par un prêtre du bas clergé le pope Bogomil dans le premier  tiers du Xème  siècle.

Catharisme - Pur en grec - Nouvelle  religion dualiste  chrétienne qui se répand dans toute l’Europe au 12ème siècle. Elle semble avoir eu des relations avec  Bogomilisme bulgare et balkanique ( ?).Religion hérétique pour Rome.

 

Ethique - Mot féminin du Gr. moral et mœurs Partie de la philosophie qui traite de l'activité humaine, de la loi qui doit la régler et des moyens de  conduire à l'accomplissement de cette loi. Par exemple : les trois éthiques d'Aristote.

Henriciens -  Disciples du moine Henry l'ermite opposé à Bernard de Clairvaux. Meurt en prison. Ses doctrines se fondèrent dans l'hérésie des Albigeois (Cathares).

Hérésie – « choix » du verbe gr. Hairesis = choisir de haired = je choisis. De choix a évolué vers erreur.  Opinion religieuse canoniquement condamnée comme contraire à la foi, contraire au dogme. Peut vouloir dire par extension secte – école – parti.  Chez les catholiques romains  = doctrine qui s’écarte de celle de Rome telle qu’elle est consacrée par les conciles, les papes et les assemblées des fidèles. Durant la première moitié du XVème  siècle, une jeune fille nommée  Jeanne d’Arc qui plus tard sera canonisée et déclarée patronne de la France, est brûlée le 30 mai 1431 après avoir été déclarée relapse et hérétique vaudoise par le tribunal ecclésiastique de Beauvais. (Relapse = chrétien retombé dans l’hérésie).

 

Humiliates - Membres d’une secte religieuse fondée à Milan au  XIIème/ XIIIème siècle.

 

Hussite - Après la mort sur le bûché de Jean Huss, ce mouvement religieux réformateur de Bohême connaîtra, entre 1420 1433, cinq croisades à son encontre.

 

Inquisition - Tribunal ecclésiastique, créé par le pape, chargé de poursuivre, de juger et de punir les délinquants en matière de foi   - d’où l’appellation épisodique Tribunal de la foi – son titre officiel est le saint Office de l’Inquisition. Elle a pour mission d’enquêter et de traquer l’hérésie, c’est-à-dire le choix et les opinions. Défintion donnée par Bartolomé Bennaasar dans « Brève histoire de l’inquisition – L’intolérance au service du pouvoir ».

 

Manichéisme - Religion de Mani, Manès ou Manichée (216/277) fondée sur le principe du dualisme.

 

Nicolaïsme - Doctrine des nicolaïtes issue d'une secte chrétienne qui aurait été fondée par Nicolas un des sept diacres de Jérusalem qui permettait de manger les viandes offertes aux idoles et d'avoir plusieurs femmes. Ils avaient pour maxime : Il faut exercer la chair. Le terme nicolaïte reparut au 9ème siècle et au 11ème siècle sous le pontificat d'Urbain II pour désigner les prêtres, diacres et sous diacres qui soutenaient que leur entrée dans les ordres ne leur interdisait pas le mariage suite à l'absence de décision pontificale à ce sujet.  Les nicolaïtes furent condamnés dès 1095 par le concile de Plaisance.

 

Patarin - Nom donné aux membres d’une secte populaire, chrétienne, dualiste formée au 12ième siècle, en Italie, pour lutter contre le concubinage des prêtres et la simonie. Population du nord de l’Italie issue de pauliciens ou de manichéens venus de Bulgarie au 11ème siècle. A partir du 12ème siècle, le nom de patarin fut donné à tous les hérétiques.

Pétrobrusiens - Pierre de Bruys ou Bruis meurt assassiné par la foule à Saint Gilles en 1152 Actif dans les Alpes occidentales

 

Publicain - Nom donné au 12ème siècle  aux hérétiques qui rejetaient l’Ancien Testament, le mariage et le serment.

                                                                                                                          

Schisme -  Le  grand schisme de 1054 qui la séparera définitivement de l'Eglise Byzantine  de celle de Rome avait commencé sous Photius en 858 et fut consommé par le patriarche Cerularius en 1054.(Problèmes de pain azyme et mariage des prêtres).

 

Simonie - Vient de Simon le Magicien qui voulait acheter à l'apôtre Pierre  le droit de faire des miracles au nom du crucifié. Se dit du trafic des choses saintes, la vente de biens spirituels – L'empereur Henri IV fut cité à Rome pour cause de simonie, les Capétiens pour la vente d’évêchés en Angleterre.

 

 

Index des noms propres.

 

Abélard  ou Abaillard Pierre (1079 - 1141ou 42) - philosophe et théologien français combattu par Saint Bernard. Après avoir épousé Héloïse la nièce du chanoine Fulbert de Notre Dame, ce dernier l’ayant  fait émascule, il rentre dans les ordres.

 

Arius (280 ? 336) - Théologien et hérésiarque grec d’Alexandrie,  originaire de Libye.

 

Assise (d’) François (1181/1182 ? - 1226) - Saint, mystique italien fondateur de l’ordre des frères mineurs

Voir annexe 2.

 

Bérenger de Tours (1000 - 1088) - Théologien et dialecticien français, rénovation par la théologie de l’eucharistie – Hérétique.

 

Brescia (de) Arnaud ( ?? -1155) – Elève d’Abélard. Prêtre, agitateur, réformateur et politique italien,  étranglé et brûlé ses cendres furent jetées dans le Tibre. N’enseignait pas d’hérésies.

 

Bruis (de) ou Bruys Pierre (1095 ? – 1126 ? 1131/32 ou 1133 ?) - Prêtre provençal radical, considéré par certains auteurs comme le précurseur du mouvement vaudois et même de la réforme protestante. Il s’adonne  à la prédication itinérante. Selon certains historiens, il serait le premier hérétique formel du 12ème siècle. Conteste avec violence l’église catholique aurait été jeté par la population de Saint Gilles du Gard dans le bûché de croix qu’il avait lui-même allumé ?

 

Durand d'Osca ou de Huesca – Fondateur d’une branche catholique des valdésiens « la Fraternité  les pauvres catholiques », première moitié du 13ème siècle.

 

 

Guzman (de) ou de Calaruega  Dominique - Domingo ou Saint Dominique né en 1170 à Calahorra (Vieille Castille) mort à Bologne en 1221 Chanoine d'Osma fondateur de l'Ordre des frères prêcheurs et de l'inquisition Soit disant issu d'une illustre famille d'Espagne les Guzman En 1215 reçoit la charge d'inquisiteur et d'organiser les institutions judiciaires. Voir annexe 2.

 

Hildebrand voir Ildebrando Aldobrandeschi

Huss Jean ou Jan Hus (1373 –1415) - Théologien et prédicateur tchèque. Précurseur de la réforme. Brûlé en 1415.

 

Ildebrando Aldobrandeschi  né vers 1015/1020 à Soane Toscane – Pape de 1073 à 1085 sous le nom de Grégoire VII puis Saint, principal artisan de la réforme grégorienne.

 

 

Lausanne (de) Henri (1030 ? ?) - Ermite et prédicateur itinérant part de Lausanne via le Mans  pour le sud de la France. Se trouve à la tête d’une révolte populaire au Mans, il est condamné par le concile de Pise à être enfermé à Cîteaux, s’échappe et on le retrouve dans le comté de Toulouse. On ignore tout de sa fin.

 

Occam (d’) ou Ockham Guillaume (1285 – 1347) - philosophe, logicien, théologien et moine cordelier anglais, membre de l’ordre franciscain, publie des pamphlets politico-religieux contre l’autorité pontificale, excommunié en 1329 ?? Mort à Munich le 7 avril 1347. Apôtre de la liberté de la pensée.

 

Annexes n°1

 

Histoire Générale

 

Dates

Histoire Vaudoise

 

1140

?

Naissance de Valdo ?

Fondateur du mouvement des Pauvres de Lyon.

 

1170

Création du mouvement des Pauvres de Lyon.

IIIième   Concile du Latran

1179

Délégation vaudoise à Rome.

 

1181

Expulsion des "associés" de Valdo par l'Archevêque de Lyon.

 

1184

Excommunication des Pauvres de Lyon.

 

1190

Les Vaudois en Languedoc.

 

1198

Les Vaudois  en Lombardie et en Lorraine.

 

1206

Mort de Valdo ?

Croisade contre les Albigeois

1208

1223

Premiers massacres collectifs de Vaudois dans le midi de la France.

IVième   Concile du Latran

1215

Les Vaudois sont déclarés

 hérétiques.

 

1218

Rencontre de Bergame.

Chute de Monségur et fin du Catharisme.

1244

 

 

1266

Les vaudois en Autriche.

Les papes en Avignon.

1309

 

 

1315

Les vaudois en Calabre.

Grand Schisme d'Occident

1378-1417

1378

1417

Dès 1365, le Franciscain  François Borelli « chassera » les vaudois en Dauphiné pendant plus de trente ans.

Noël 1375 - Massacre du col d’Abergian

 (femmes et enfants)

 

1399

Procès de Vaudois à Berne.

Jeanne  d'Arc est brûlée le 30 mai 1431

1431

Condamnée pour relapse

et hérésie Vaudoise.

 

1484

Croisade de Charles I de Savoie contre les Vaudois de Val Luserne.

 

1487

Croisade en  Vallouise  par Albert Cattanée légat du Pape.

 

1509

Persécution des Vaudois dans le Val Pô.

Luther affiche ses thèses.

1517

 

 

1532

Assemblée de Chanforan  =  Réforme.

Fondation de la Compagnie de Jésus à Rome (Jésuites)

1540

 

Calvin à Genève.

1536

 

 

 

Création de la congrégation  du Saint-Office à Rome.

 

 

1542

 

 

1545

Massacres des Vaudois du Lubéron

 

1555

Construction des temples Vaudois au Val Pragelà.

 

1561

Traité de Cavour –

Création du Ghetto des vallées.

Destruction des colonies Vaudoises en Calabre.

Massacre de la Saint  Barthélémy en France.

1572

 

Edit de Nantes.

1598

 

 

1655

Les Pâques piémontaises.

Révocation Edit de Nantes

1685

 

 

1686

Edit de Victor Amédée II de Savoie ordonnant la destruction des communautés vaudoises.

 

1687

Exil des Vaudois en Suisse et  en Allemagne.

 

1688

"La Glorieuse Rentrée".

 

1694

Edit de tolérance accordé Duc de Savoie.

 

1698

Expulsion  des  Réformés de la Val Cluson.

 

1730

Edit contre les Réformés du Val Pragelà.

 

1827

Beckwith aux vallées.

Première guerre d'indépendance en Italie

1848

Libertés politique et civile accordées aux  Vaudois.

Deuxième guerre d'indépendance en Italie

1859

Premiers émigrés Vaudois en Uruguay.

Création Royaume d'Italie

1861

 

Première guerre mondiale.

1914

Construction d'un nouveau temple Vaudois face au Vatican.

 

1920

1er Congrès Evangélique à Rome

Concordat suite aux accords du Latran

1929

 

Nouvelle constitution  pour l'Italie

1947

 

 

1966

Constitution Unitaire des Eglises vaudoises d'Italie et de Rio de la Plata

 

1979

Intégration des Eglises Vaudoises et  Méthodistes.

 

2002

 

Le nom de Valdès de Lyon est inscrit sur le mur des Réformateurs de Genève.

 

Annexe n°2

 

 

Les deux grandes figures religieuses des deux grands  Ordres Mendiants du XIIIèmesiècle

 

 

 

 

François d’Assise (Saint)

Dominique de Guzman ou de Calaruega (Saint)

 

Né entre 1181 et 1182

Mort en 1226 à Assise

Canonisation rapide en juillet 1226

Ombrien

Fils de riche marchand

 

Né en 1170à Calahorra

Mort en 1221 à Bologne

Canonisation en juillet 1234

Castillan

Fils d’une riche famille

Etude à Ecole de Palencia (Première Université d’Espagne)

Chanoine d’Osma

 

Vocation en 1206 -  recherche la solitude - pauvreté absolue - vie apostolique au milieu des clercs et laïcs.

 

Au contact avec les hérésies du Languedoc = vocation de pauvreté et de prédication.

1215 s’installe à Toulouse et apporte contradiction aux hérétiques.

Reçoit la charge d’inquisiteur et l’organisation des instituions judiciaires chargées de la lutte contre les hérétiques.

 

Fonde en 1215 (date fictive) ordre mendiant des frères et soeurs mineurs dit

des « Franciscains »

 

Fonde en 1206 monastère féminin de Prouilhe.

Fonde en 1215 ordre mendiant des frères prêcheurs dit

des « Dominicains »

 

 

 

 

 

 

 

Annexe n°3

Les quatre grands conciles œcuméniques du Moyen Age

 

 

Conciles

 

 

Date

 

Papes

 

Ordre du Jour

 

Méthodes

Résultats

IVème Concile de Latran

 

1215

Innocent III

 

1198/1216

Lutte contre l’hérésie et le paganisme.

 

 

 

 

Supprimer les abus du clergé.

Centralisation du pouvoir papal.

Lutte armée contre les hérétiques Appui aux futurs Saints Dominique et François

Inquisition papale

Albigeois écrasés

Faire appliquer la réforme de l’Eglise par les Evêques

Résultats décevants

Ier   Concile de Lyon

 

1245

Innocent IV

 

1243/1254

Officiellement :

Supprimer les abus du clergé.

Lutte contre les hérésies

Réellement :

Régler politiquement

le conflit avec l’Empereur

 Frédéric II

Lutte contre les Tartares et Mongols

 

 

Centralisme papal et fiscalité aggravée.

 

Légalisation de la torture

(15 mai 1252).

 

Mobilisation contre l’Empereur de l’opinion publique.

Demi succès, remise en cause de l’autorité du pape, Frédéric II demande la tenue d’un concile œcuménique.

IIème  Concile de Lyon

 

1274

Grégoire X

 

1271/1276

 

Proclamation de l’unité restaurée entre grecs et latins.

Action politique et militaire contre les Turcs.

Mécontentement général. Opposition entre Clercs nantis et ordres mendiants créés en 1215.

Unité rompue dès 1278

 

 

Nouvelle croisade =

Refusée

 

Nouveaux règlements concernant la tenue des conclaves (du lat. clavis = clé)

Tentative de reprise en main=

Demi-mesure

Concile de Vienne

1311

Clément V

Premier pape en Avignon

1305/1314

Seulement politique

Dissolution de l’Ordre du temple.

Besoins de finances

Défendre la mémoire de Boniface VIII (après attentat d’Anagni)

Répondre aux attaques des Evêques

 

Répressions

Les princes prennent le pas sur l’autorité du pape.

Nouveaux bénéfices « réservés »

Négociations avec la France

Les princes prennent le pas sur l’autorité du pape.

 

Répressions et éliminations des opposants au sein du clergé.

Les critiques effrayèrent la papauté, après 1311 plus de concile général pendant un siècle.

Annexe n°4

 

 

Les grands pontifes du Moyen Age particulièrement actifs dans la mise en place de la répression des diverses hérésies.

 

 

 

 

Luce III ou Lucius III  - Ubaldo Allucingoli 

Né le 1er septembre 1181 à Lucques, mort le 25 novembre 1185 à Vérone

Cardinal évêque d’Ostie et de Velletri - Pape du 01 septembre 1181 au 25 novembre 1185 -Réunit un concile à Vérone en 1184, fait adopter des mesures contre les Cathares, Patarins et autres hérétiques. Oblige les évêques à inspecter en personne tous les clercs de son ressort : institue en fait l’inquisition avant la lettre.

 

Innocent III - Giovanni ou Lotario Conti (famille des Comtes de Segni)

Né le 23 novembre 1160 à Gavignano, mort le16 juillet 1216 à Pérouse.

Fait une brillante carrière à la Curie Romaine.

Pape du 8 janvier 1198 au 16 juillet 1216, considéré comme l'un des plus grands pontifes de l'histoire du moyen âge.

Déclenche la croisade contre les Albigeois qui sont écrasés à Muret en 1253

Convoque le IVème concile de Latran - 12ième concile œcuménique qui renouvelle la condamnation de l’hérésie albigeoise.

Réforme le clergé et les ordres monastiques en s’appuyant sur saint Dominique et saint François d’Assise

Innocent IV  Sinibaldo de Fieschi (Comte de Lavagna)

Né vers 1180 ou 1190, mort le 7 décembre 1254 à Naples

Les Fieschi, illustre famille de Gênes, ont donné deux papes (Innocent IV et Adrien V)

Evêque d’Albenga

Pape du 25 juin 1243 au 7 décembre 1254

Renforcement des pouvoirs de l’inquisition.

Le 15 mai 1252 par la bulle « ad extirpenda » ce pape légitime l’utilisation de la torture (torture désignée par le terme question) dans le cadre d’enquêtes concernant les hérésies mais les prêtres ne sont pas autorisés eux-mêmes à en faire usage.

 

 

 

 

Le Chant des Martyrs

 

Extrait d’une chanson vaudoise, transcrite par Pauline Tron.

 

 

Qui veut ouïr, chanter / chansonnette nouvelle ?/ Elle est faite des vaudois /de la vallée de Luserne. /

Ils n’ont pas voulu promettre / de changer de religion : / ce cruel duc de Savoie / les fit mettre en prison.

 

Tous ces pauvres vaudois / se sont mis en défense / contre leurs  ennemis / en attendant que Genève / les vienne secourir. /

Ici nous attendons / le secours de la Suisse, / de la Hollande aussi, / qui a beaucoup d’autres guerres, /  qui vienne nous secourir.

 

Genève aurait bien eu / la volonté très grande / de nous venir secourir / et donner assistance, / mais ce méchant roi de France / a détruit tous les pays, / leur a bouché le passage : / qu’ils n’ont pas pu venir.

 

Nous nous sommes battus / un mois ou cinq semaines / par les bois et les rochers, / les montagnes et les plaines, / sans avoir assistance / ni secours d’aucun lieu ; / nous ne savons que faire / sinon de prier Dieu.

 

Ils arrivaient chez nous : / voyant ces jeunes filles / qui dans leur grand courroux / étaient à leur fantaisie, / ils leur arrachaient la vie / après avoir ravi l’honneur. / Ils faisaient cent fois pire / que des lions en fureur.

 

Dieu veuille consoler / les pères et les mères / qui voyaient leurs enfants / ôtés à leurs mamelles ; / ces bourreaux pleins de rage / nos enfants empoignaient : / au bout de leurs épées / on les voyait portés.

 

Dieu veuille avoir merci / de tant de femmes veuves / qui ont passé aussi / à de rudes épreuves ; / de tant de femmes veuves / et d’enfants orphelins ! / Dieu veuille être leur père / et aussi leur soutien !



[1] Mal des ardents -  Sorte de peste bubonique ou charbon pestilentiel, entre 1128 et 1130 Paris perd 1/3 de sa population.

[2] Georges Duby (1919-1996) - Historien français spécialiste du Moyen Age.

[3] Les bastides ou la quête de la Jérusalem Terrestre - pp 273 et s - par François Xavier Tassel  - Cahiers de l’Association  Les amis de Roger Girard n°4 – 2009.

[4] Les non-conformismes religieux d’occident par Jean Séguy.

[5] Les Cathares - Anne Brenon  et Jacques Grancher – Les Archipels cathares, dissidence chrétienne dans l’Europe médiévale.

[6] Le Catharisme – Duvernoy Jean

[7] Les papes de la réforme dite « grégorienne » Léon IX (1049-1054) ; Etienne IX (1057-1058) meurt empoisonné avant de mettre en œuvre sa réforme ; Nicolas II (1059-1061) ;  Alexandre II (1061-1073) dépose deux chanoines coupables de s’être appropriés des abbayes avec la complicité de l’archevêque de Milan ; Grégoire VII (1073-1085).

8 Canossa Région d'Emilio Romagna à 18 km S.O de Reggio nell'Emilia.

 

 

[9] Pierre  - Ce prénom n'est attesté qu'en 1368.

[10]Aux environs de 1170, création des Pauvres de Lyon.

 

[11] Décrétale ou ordonnance ecclésiastique. En droit canon : décision papale  sur consultation donnée sous forme de lettre.

 

 

[12] Papes condamnant la F.M : 1738 Clément XII - 1751  Benoît XIV - 1776  Pie VI - 1821 Pie VII - 1825 Léon XII - 1829 Pie VIII

1846 -1865 - 1869 - 1873  Pie IX -  1884 Léon XIII.

 

 

 

[13] Charité - Lat. charitas Gr. Charis = grâce - Vertu qui porte à désirer et à faire le bien du prochain.

[14] Bienfaisance Lat. beneficentia bene = bien  facere  = faire.  Action ou habitude à faire du bien, penchant à rendre service.

[15] Jean Henri (Henry) Dunant (1828 – 1910)   Humaniste genevois père fondateur de la croix rouge internationale

[16] Royal  Society - Fondée en 1662 à Londres. Joua un rôle important dans la constitution de la F.M spéculative par l'intermédiaire d' Isaac Newton ami personnel de notre F. le pasteur J.Th  Désaguliers (1683-1739).



12/12/2011

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